Mots gravés dans la pierre

Littérature/L’écrit- Le mot — La phrase/Calligraphie.

Le mot écrit/Les bibliothèques/Les livres.

Ce blog est un blog littéraire ce qui ne signifiera pas qu’il aura pour ambition de faire l’analyse de la production littéraire qui se déversera, jour après jour, heure après heure et même probablement seconde après seconde dans la société en formant des océans de papiers, colorés des couvertures de livres affriolantes comme si elles présentaient une gourmandise, inondant nos librairies géantes d’aujourd’hui, dans sa version planète marchande, dont les existences architecturales viendront du plus profond de la conscience humaine comme jadis le fut la grande bibliothèque d’Alexandrie, dans sa version planète conquérante.

Son ambition, avec en annexe la présentation de mes ouvrages, sera de traiter de l’importance  dans notre société de l’écrit, lettres, syllabes ou mots qui seront considérés tels des outils pour l’homme comme le furent les haches en silex préhistoriques.

Bien avant qu’elles ne s’épanouissent dans des romans, des poésies ou des textes philosophiques, les lettres seront des dessins et les graphismes des mots formés par leurs tracés prendront pour l’homme un sens défini, devenu obligatoire, tel un vecteur mathématique.

C’est cette naissance du mot dans l’évolution psychique de l’homme qui, en permettant d’accompagner et de fixer sa pensée, lui aura permis de perpétrer son importance dans le monde du vivant.

Le mot écrit/Audiovisuel

Même dans une société tournée de plus en plus vers l’audiovisuel, dans des vidéos, des films, le mot écrit restera à la base du travail de ces productions pourtant dédiées principalement au son et à l’image.

Des mots s’inscriront aussi sur les paysages des films dans lesquels les scènes se dérouleront ; ils s’inscriront dans des publicités, dans les décors qui accompagnent l’histoire, au même titre que le feraient des passants, des vols d’oiseaux ou un arbre aux branches battues par le vent.

Le mot écrit/Société

Le mot s’inscrit sur l’ouvrage d’un artisan, l’œuvre d’un sculpteur ou le tableau d’un peintre.

Photo- Art, Grâce de Volti– Signature sur une sculpture en terre cuite grise.

Le mot s’inscrit parfois sur des plaques qui s’accrochent sur les murs de nos rues. Il indique alors leurs noms ou quelle personne sera née dans une maison ou quel héros y sera mort.

Le mot se grave sur les pierres des tombes dans les cimetières ou sur le sol de quelques châteaux et églises ( voir image de mise en avant).

Le mot est parfois écrit avec violence sur les murs d’une ville par des poètes ou des révoltés inconnus. Il exprimera alors, plus que l’image, la force de l’idée.

Photo — Quelque part dans une rue, un graffiti, un jaillissement de mots prenant la force un geyser.

Le mot écrit/Calligraphie.

Les mots oubliés, dans une brocante, remplissent des valises entières en recouvrant de vieux papiers, mélangés parfois même à des parchemins, qui resurgiront d’une cave ou d’un grenier souvent au rythme des vies qui se brisent. Ils seront souvent illisibles, à moitié effacés, mais aussi souvent tracés avec des calligraphies aux esthétiques parfaites et pouvant égaler les calligraphies Asiatiques.

Mais nous, nous ne les voyons plus car l’Occident aura tourné la page à ce savoir respectueux des lettres et des mots, pourtant à l’origine de nos civilisations, en l’ayant relégué à un art oublié de faible importance.

Cette différence, cette rupture entre passé et présent qui sera systématiquement mis en œuvre par le monde occidental actuel au profit d’une rentabilité immédiate, cet oubli moderne du geste primordial, quasi religieux, permettant de tracer une lettre avec beauté sera en contraction avec la nature profonde de l’homme et cela pourra alors créer des désordres importants dans ses sociétés d’aujourd’hui en creusant des fissures entre le passé et le présent. Mais, le passé est fortement ancré dans la conscience de l’homme et s’il n’est pas intégré avec harmonie dans le temps présent, toujours, un jour ou l’autre et sous une forme ou une autre, parfois belliqueuse sous la forme de guerres, il resurgira.

Photo- Un vieux livre resurgissant du passé- Dictionnaire des cas de conscience, déjà en 1715.

 Conclusion.

Le monde de demain ne sera pas fait que d’images car le mot écrit n’est pas mort, ne saurait mourir.

Ainsi, dans l’histoire de mon livre l’Arbre du Kamas un livre ancien aura une place importante car il sera convoité par de nombreuses personnes.

Les mots à l’épreuve du temps:

Extrait de textes- L’arbre du Kamas, réédition Libres d’écrire, 2013.

PAPA me répond :

« — C’est une drôle d’histoire. J’ai été invité à me rendre en Camargue par un message que j’ai reçu sur mon mail. Je m’y suis rendu en train, car le livre et un cheval m’attendaient là-bas, dans un petit village de bord de mer. La Camargue est un territoire français, magique quand même…

Quelques jours avant de partir, j’avais reçu un courrier qui contenait une petite clé et le numéro d’une consigne de la gare d’Arles. Lorsque j’ai ouvert le casier, j’ai trouvé peu de choses, juste une clé de voiture et un bout de papier sur lequel il est écrit à l’ordinateur un numéro minéralogique et une destination…

Pour atteindre le village, j’ai emprunté une route digue qui survole les marais. Elle surplombe les marécages, à l’endroit où l’eau douce et la mer se mélangent. J’ai l’impression de planer au-dessus des hordes sauvages de taureaux noirs qui les hantent, dans cette lumière de fin d’après-midi qui a la transparence de celle de l’hiver. Des rapaces, noirs aussi, m’accompagnent de leurs vols silencieux, comme venant de nulle part. Les uns après les autres, dans un ordre précis que seule la nature connait, ils se posent sur les arbres décharnés par l’hiver, s‘abattant sur leurs branches, avec lourdeur et force, alors que j’avance. J’arrive enfin au bout de cette route qui se termine en cul-de-sac. Je gare la voiture contre des dunes de sable et m’engage, entre deux de celles-ci, pour atteindre le village, sous la seule lumière de la lune. Quelques maigres arbres jettent leurs branches, noires et torturées, vers le ciel, comme s’ils préludaient à un mauvais film d’horreur.

Je me faufile dans une rue vide, bordée de roulottes ensablées, en progressant lentement contre les bourrasques de vent d’automne, qui semblent chercher à m’arrêter. Je pénètre dans le cœur de ce village fantôme jusqu’à une petite place autour de laquelle est construite une bâtisse en dur. Au centre de celle-ci, se dresse un arbre qui tend vers le ciel ses branches, nues et décharnées, tels des bras qui le supplieraient.

Un restaurant, si on en croit l’enseigne accrochée au-dessus de sa porte et sur laquelle est gravé, de façon stylisée, un cheval qui galope. Il y a de la lumière à l’intérieur, mais je n’ai pas osé y pénétrer car, devant le bâtiment, un chien esquimau blanc, semblant aveugle, avec des yeux jaunes et révulsés, rôde en tournant sur lui-même et en reniflant. Il est inquiétant à voir et semble fou, gardien de je ne sais quel enfer. Cette impression de tragédie imminente est accentuée par la présence, à ses côtés, d’une trentaine de chats frigorifiés qui se sont agglutinés les uns contre les autres, en quête de je ne sais quelle chaleur. Plus loin, je remarque le cadavre d’un chat mort en décomposition et je me dis que peut-être les autres chats en faisaient le deuil.

Voilà, l’ambiance générale était à la tristesse et lorsque j’ai aperçu le cheval gris, debout et tranquille, que seul un rayon de lune éclaire, j’ai compris que j’étais enfin arrivé au bout de mon chemin. Je me suis approché et je lui ai caressé le museau, flatté l’encolure.

Il s’est laissé faire, comme s’il m’attendait, a secoué tranquillement sa tête, en hennissant doucement. Une selle de cuir rouge est attachée sur son dos et c’est dans un étui, de cuir rouge aussi, que j’ai trouvé le livre.

Du moins, une boite en bois, gravé d’un dessin, doré et scellée par un cachet de cire rouge dans laquelle, je le savais, il se trouve.

Le dessin représente un homme et une femme qui sont tendrement enlacés. Il est marqué du titre du livre, le Kama- Sutra.

Comment je sais pour la position en plus. C’est tout simple.

C’est écrit sur le mail.

Il y est indiqué que nous sommes recrutés pour convoyer un livre, la version complète du Kama-Sutra, avec une position en plus. Un ancien livre, presque magiques, que des forces obscures relient à l’Antiquité. Il ne pouvait être déplacé par les moyens de transport modernes, ils lui feraient perdre sa pureté.

Moi, j’y crois.

Je crois que ce livre doit rester dans son obscurité.

J’ai repris ma route à cheval, pas fâché de quitter ce lieu désolé, laissant derrière moi, ma voiture et mes peurs. J’avais hâte de rejoindre mes montagnes.

Un grand hibou aux couleurs sombres nous a survolés, un instant, opposant son signe nocturne à l’image diurne des rapaces que nous avions rencontrés à l’aller, signant ainsi la fin de ce trajet, disons de ce voyage. L’expression est plus noble.

Il a été magique et cela m’a effrayé.

J’ai été content qu’il se termine mais, voyez-vous, je n’ai rencontré personne, si ce n’est un chien fou et des chats frigorifiés.

La seule présence des hommes semble avoir été dans cette maison éclairée de l’intérieur, mais je n’ai pas su frapper à sa porte car elle semblait être gardée par un chien de l’enfer.

Je suis devenu superstitieux à force de côtoyer, de vivre dans la nature.

Un oiseau qui chante, un lapin qui s’enfuit est parfois pour moi un signe de Dieu alors, voyez-vous, un chien aveugle et fou, blanc immaculé, de surcroit, entouré de chats transis, me semblait être une porte entrouverte sur l’enfer.

Nicolas Antoniucci
Par Nicolas Antoniucci

Passionné par la vie dans ce qu’elle pourra avoir d'insolite, parfois d’inexplicable et aussi par l'art sous toutes ses formes, les voyages et bien entendu l'écriture, je vous propose de partager avec vous sur ce blog mes différentes passions !

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