Science-fiction/Rupture spatio-temporelle et société/ Texte inédit

Article fait à la façon les binômes de Couleur Sodium, soit une nouvelle précédé d’une présentation de son sujet.

Image de mise en avant, couverture du livre Objets , Nicolas Antoniucci, 2004.

 Objets.

Dans mon livre « Objet », publié en 2004, j’ai écrit une nouvelle, « Destin parallèle », qui raconte la vie et les actions de cinq personnages se déroulant dans le temps et qui suivront une sorte de parallélisme les reliant les uns aux autres. Une des nouvelles, « le miroir brisé » a été réédité, en seconde partie, dans mon livre Alcor Adam.

« Objets », citation :

… La raison pour laquelle leurs destins auront été parallèles est une autre histoire et cela aucun des cinq ne l’avaient vraiment choisi. Simplement, face à la quantité des hommes qui naissent et meurent, il est peut-être normal que les destinées de certains d’eux se regroupent et évoluent ensemble. Aussi que l’un d’eux soit leur chef, leur faiseur d’ombre, leur pilote.

Nous pensons que la vie, qui toujours est parfaite, classe avec méthode l’univers complexe qu’elle définit dans des sous-groupes qui se déplacent à l’intérieur d’une forme finie. Cela lui permet de se compter et de s’ordonner constamment…

La nouvelle : La chute inexplicable d’un Faiseur d’ombre.

Depuis maintenant une dizaine d’années, bien que ne se connaissant pas, cinq écrivains suivent des destins parallèles. Ils ont commencé leur carrière à la même époque en terminant le manuscrit de leur premier roman quasiment au même moment, à quinze jours d’intervalle.

Le premier, Juge, joua toutes ces années dans ce groupe le rôle du Faiseur d’ombre.

Son premier livre fut un succès, un bestseller édité à plus d’un million d’exemplaires et traduit en plus de cinquante langues. Depuis dix années ses succès littéraires s’accumulent et les couvertures de ses livres ornent les vitrines des librairies. Ils sont encensés par les critiques de la presse, radio et aussi à la télévision, avec des présentateurs aux dents toujours blanches comme faisant des publicités pour vanter les mérites d’un dentifrice. On trouve même ses livres dans les kiosques à journaux des gares et des hôpitaux. Juge est toujours impeccablement habillé, portant avec élégance des habits de marque et de prix, richesse oblige.

Le second, Babe, qui porte l’ombre de Juge, est journaliste dans une feuille de chou régionale où il exerce son talent d’écriture en relatant avec succès des faits divers avec l’originalité et les qualités de suspense d’un Edgar Poe. Ceci lui valut durant dix années d’accéder à une grande notoriété.

Le troisième, Man, a suivi la carrière d’un grand universitaire et il rédigea de nombreuses thèses lui permettant de voyager pour participer à des conférences tout autour du monde.

La quatrième, Muette, était de nature psychique mystique et elle entre très jeune dans un couvent dans lequel elle étudie des livres sacrés, écrivant sur eux de longs articles publiés dans une revue religieuse.

Le dernier, Bob, fut tout ce temps, le plus discret de tous. Il écrivit de nombreux romans qu’il publia à compte d’auteur suivant les chemins difficiles et pleins d’embuches circulant dans le vaste monde de la non-reconnaissance publique, le mettant à la portée des blessures faites par de petits requins ambitieux et nerveux, nageant dans le monde littéraire et implorant constamment les caresses de leur maitre.

Cela faisait maintenant dix années que les écrivains de ce petit groupe suivaient des chemins parallèles, avec Juge, comme Faiseur d’ombres, étant devant.

La nouvelle- Rupture spatio-temporelle et société.

Une nuit toutes les lumières électriques s’éteignirent plongeant le monde dans un noir profond. Un puissant orage déboula alors sur le monde entier qui affronta des pluies de grêlons gigantesques, cassant mille pare-brises de voiture et fenêtres d’immeubles ; elles furent suivies de tonnerres, d’éclairs et de boules de feu qui circulaient dans les rues comme le feraient des boules d’ivoires roulant sur un tapis de billard.

Les rues des villes se sont totalement vidées de leurs habitants.

Lorsque la lumière du matin arriva, elle semblait d’aspect inhabituel, de couleur gris cendrée, légèrement bleutée, paraissant étrangement phosphorescente et parsemée de ce qui paraissait être une poussière d’or, de feu ou des étincelles sortant de la baguette magique d’une fée.

Le jour s’est maintenant levé, la lumière électrique était revenue et les gens sont sortis de chez eux afin d’observer les dégâts causés dans les rues par ces puissants orages mais, en fait, il n’y en avait aucun.

Tout semblait être normal et rien n’était endommagé malgré les déchainements climatiques de la nuit précédente.

Les conséquences de la rupture spatio-temporelle et société.

Juge, avant de sortir de chez lui, veut se choisir un vêtement adapté à la situation du jour, un pantalon et une veste de sport de Dior et il ouvre sa penderie. Mais il n’y a plus rien à l’intérieur, que des vêtements de faible prix et percés de nombreux accro. Affolé, il court dans son salon et constate que sa bibliothèque est renversée et que ses ouvrages jonchent le sol, les couvertures et les pages de ses livres étant toutes déchirés ou salis.

Pour Babe, Man et Muette le jour se leva et ils continuèrent leur vie comme avant, sans anicroche car semblant être sous la protection d’un Faiseur d’ombres.

Pour Bob, ce fut une autre affaire, avant de sortir de chez lui  il trouve dans son armoire un vêtement fort beau et qu’il ne se souvenait pas avoir acheté; il était de marque Dior, pour homme.

Il décide de l’endosser et ensuite branche sa télévision afin d’avoir des nouvelles du jour, de cette nuit épouvantable. L’écran s’allume avec mille craquements et éclairs sur une émission littéraire présentée par Alice une belle et jeune blonde aux jolies dents.

Bob n’en croit pas ses yeux, Alice présente avec mille sourires et flatteries son nouveau livre « Objets déjantés ». Il enfile son costume Dior ainsi que la casquette qui va avec et sort dans la rue. Il remarque immédiatement que la vitrine de la librairie en face de chez lui expose tous ses livres accompagnés d’une photo géante de son visage bardée d’étiquettes avec des inscriptions flatteuses présentant son génie telles BOB, LE ROI DE LA LITTÉRATURE ou BOB L’INCROYABLE.

Il détache son regard de la vitrine et se retourne, il voit alors de nombreuses personnes, probablement des lecteurs, pense-t-il, accourir vers lui en l’acclamant. Certains d’entre eux tiennent ses livres dans leurs mains, pour recueillir un autographe, faisant office d’ex voto pour la littérature- Hommage à l’écrivain dieu.

Bob comprend alors que suite à une rupture spatio-temporelle imprévue et modifiant les règles de jeu de la société, il était devenu un Faiseur d’ombre.

Nicolas Antoniucci
Par Nicolas Antoniucci

Passionné par la vie dans ce qu’elle pourra avoir d'insolite, parfois d’inexplicable et aussi par l'art sous toutes ses formes, les voyages et bien entendu l'écriture, je vous propose de partager avec vous sur ce blog mes différentes passions !

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