C’est psychologique/Science – fiction post-apocalyptique/ texte inédit

Image de mise en avant, après le passage de l’oiseau, il reste la plume.

En l’an 2 045…

Nouvelle de science-fiction post-apocalyptique.https://fr.wikipedia.org/wiki/Science-fiction_post-apocalyptique

Titre :

                                                 C’EST PSYCHOLOGIQUE !

L’appartement.

Adam

– Jade, nous allons devoir sortir de notre appartement, il nous faut faire des courses car le frigo est vide, totalement vide. Il est déjà 15 heures et le magasin ferme dans deux heures. J’ai consulté l’application de mon téléphone qui nous permet de connaitre les heures autorisées pour nos déplacements. Nous pouvons y aller d’ici quelques minutes — J’ai programmé notre sortie pour 15 heures un quart. Nous avons juste le temps de mettre nos combinaisons, passer nos bottes et enfiler nos gants de protection et ça sera l’heure de partir. J’ai reçu l’accord de l’administration. Nous devrons rentrer dans deux heures, au plus tard, sinon nous devrons payer l‘amende de dix mille écus et serons privés de télé travail pendant un mois avec les retenus de salaires qui vont avec — Ils vont nous affamer quelque temps pour nous mettre au pas.

Ce vieux Pavlov, même de nos jours, n’a pas fini de travailler- Son chien a encore la cote ! Entre coup de pied au cul et gourmandise l’homme aura vite fait de choisir. Il préfèrera toujours le plaisir à la souffrance excepté pour quelques-uns qui seront masochistes.

Eh oui, ça existe ! Le plaisir dans la souffrance, il faut de tout pour faire un monde.

Jade :

Je ne retrouve plus mon masque de protection, ni mes lunettes anti rêves — Des vraies visières de cheval qui vous font marcher droit. Ah, les voilà. Elles étaient tout simplement posées dans l’entrée sur l’étagère anti microbiennes à côté de nos bonnets.

– Tu es prêt, moi aussi, on peut y aller, on est habillé comme il le faut, nous voici devenus totalement anonymes, de simples numéros dans la société. Nous devrons faire attention car les CEP sont de sortie à cette heure et il y en a qui ne se gênent pas, ils vous attrapent pour rien et ils vous rançonnent de quelques écus pour un motif bidon. Nous n’avons pas alors de choix nous devrons payer, sinon on passe à la caisse d’état et alors, c’est plein pot ! Que fait le gouvernement, dehors, c’est la jungle ! Une foutue jungle.

Programmer nos sorties sera devenu obligatoire depuis maintenant plus d’une trentaine d’années. Nous devons éviter de nous croiser de trop près afin d’éviter de se balancer les uns sur les autres, nos microbes, à tout va comme le feraient des enfants dans une bataille de boules de neige.

Après quelques décennies d’hésitation pour trouver la bonne distance de séparation entre deux inconnus se croisant dans un espace public, la science a opté pour un chiffre, certes exprimant une distance mathématique, mais aussi étant symbolique soit la distance de 123 cm, écrite avec le chiffre 1 suivit des chiffres deux et trois.

En fait, ceci représentant symboliquement une personne pouvant circuler avec une deuxième et au plus une troisième ce qui alignera le 1, le 2 et 3, soit faisant 123 cm.

Certains esprits pensèrent que cette expression symbolique de la distance requise séparant deux individus lambdas se croisant indiquait surtout l’incapacité scientifique de préconiser une distance pérenne car de nombreux paramètres restaient incertains dont la force et la direction du vent n’étaient pas les moindre.

Mais cette polémique s’éteignit vite. Les gens passèrent à autre chose, ils avaient d’autres préoccupations.

Après ce grand effort d’originalité administrative, le dossier aura été refermé sur la distance préconisée de 123 cm, comme une coquille d’huitre le ferait sur son mollusque après avoir baillé rendant ainsi, d’après nos experts, notre société stable se tenant ainsi à l’abri de toute contestation populaire.

 La sortie.

 Jade et Adam sortent de leur appartement. Dehors, il fait grand soleil. Comme le veut la procédure ils consultent leur téléphone pour connaitre leur itinéraire en fonction du nettoyage des rues qui se fait, à cette époque, en continu avec de grosses et bruyantes machines automatiques qui aspergent, brossent et aspergent de vapeurs chaudes les rues et les trottoirs. Suivant la règle du 123, les individus marchant dans les rues se croiseront à distance, leurs téléphones couinant à chaque rencontre leur permettant, s’ils le désiraient, ainsi de connaitre l’identité de ceux se cachant derrière les masques et même de voir des photos de leurs visages.

Après quelques minutes de marche, leurs téléphones teintèrent à l’unisson et ils virent apparaitre, débouchant d’une rue latérale, les formes d’une femme portant la tenue spéciale et élastique réservée aux femmes enceintes — Celle-ci, de couleur rose bonbon, était réservée aux femmes ayant dépassé le huitième mois de grossesse et étant proche de l’accouchement.

Jade, curieuse, voulu connaitre l’identité de la future mère et elle appuya sur le code de rencontre. Elle vit apparaitre sur l’écran le visage souriant d’une blonde, dents blanches et cheveux aux vents.

Elle le montra à Adam et dit :

C’est Macha, nous la connaissons. Elle est enceinte jusqu’aux dents. Quelle chance, pour elle, que la loi sur l’abolition de la procréation naturelle, se faisant au profit de la gestation du fœtus dans des mères de verre, ne soit pas passée au parlement ! Mais le combat n’est pas terminé, les Hygiénistes n’ont pas encore perdu la partie !

La plume bleue.   

Ils reprennent leur route en marchant lentement car ils ne voulaient pas dépasser la grosse machine qui ronronnait à grand bruit et vapeur chaude à une centaine de mètres devant eux, entrainant dans leur sillage les citoyens en permission de sortie et espacés, au minimum, de 123 centimètres. Il était tôt ce matin et la foule n’était pas nombreuse. Devant eux, à simplement quelques mètres, Jade montra à Adam quelque chose qui descendait du ciel en planant et oscillant.

Cette chose se posa sur le sol encore humide et ils s’approchèrent pour l’examiner.

Adam :

Sans aucun doute, c’est une plume, une plume de belle couleur bleue. Mais de quel oiseau peut-elle bien venir. Le ciel de notre ville est totalement vide de volatiles, depuis qu’ils ont installé un peu partout des hauts parleurs qui crachent des vibrations, inaudibles pour les êtres humains, mais répulsives pour nos chers dinosaures aviens, il n’y en a plus et, d’autre part cette couleur est étrange.

Après des millions d’années de présence à nos côtés, sous leurs diverses formes allant du diplodocus à l’oiseau, les hommes auront fini par avoir leurs peaux, plutôt leurs plumes – Exit les dinosaures !

La verbalisation

Jade se pencha pour la ramasser mais, au même moment, une tempête de son et de couleur arriva sur eux, les immobilisant. Ce tintamarre annonçait l’arrivée de deux CEP, dans leurs uniformes dorés dignes d’être ceux de matadors.

Jade :

– Ils vont nous verbaliser !

Adam :

– Sans aucun doute !

Ils arrivèrent sur eux avec la rapidité de deux rapaces fondant sur une souris, se campèrent devant eux faisant scintiller l’or de leurs combinaisons, sous les rayons du soleil. Les lettres de l’inscription CEP flamboyant comme des flammes de bougies.

Le plus grand, le chef certainement, prit la parole pendant que le plus petit des deux se penchait et ramassait la plume, la faisant disparaitre dans une petite boite en argent. Il récita leurs droits à Adam et Jade sous la forme d’une sorte de litanie inaudible et transféra leurs contraventions sur leurs téléphones leur indiquant qu’ils avaient été victimes d’illusions et que cette plume venant de nulle part n’existait pas, leurs cerveaux avaient bifurqué dans des chemins anciens, révélant alors une illusion — Un mirage — Tout cela n’étant que psychologique — Psychologique !

Les deux CEP tournèrent les talons et sur leurs dos il était écrit CEP, avec, en dessous l’explication de l’abréviation de l’appellation de leur fonction dans la société soit, C’EST PSYCHOLOGIQUE.

À cette époque, tout ce qui était incompréhensible pour la société était expliqué comme venant des couloirs tortueux de la psychologie de l’homme.

CEST PSYCHOLOGIQUE !

Uniquement PSYCHOLOGIQUE !

Nicolas Antoniucci
Par Nicolas Antoniucci

Passionné par la vie dans ce qu’elle pourra avoir d'insolite, parfois d’inexplicable et aussi par l'art sous toutes ses formes, les voyages et bien entendu l'écriture, je vous propose de partager avec vous sur ce blog mes différentes passions !

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